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Etiquette & Life - Savoir-vivre!

Le petit oiseau



Un jour que j’étais assis sur le banc devant le bâtiment, j’ai vu approcher un homme d’âge moyen que j’avais d’ailleurs aperçu quelques fois et qui m’avait salué. Il faut dire que, bien que je ne connaisse personne, tout le monde dans le voisinage me connaissait, on me saluait partout, on m’accueillait avec bienveillance dans les magasins, parfois on m’acclamait tel un héros.

L’homme s’est assis à mes côtés après en avoir demandé la permission. Il s’est présenté. Il s’appelait Argam Ohanyan. Il m’a dit être le prêtre d’une église qui se trouve pas loin de notre quartier et que j’avais eu l’occasion de visiter. Mais je ne l’avais pas vu dans cette église. D’un autre côté, l’homme était habillé normalement, alors que tous les religieux que j’ai rencontrés portaient la robe cléricale. Aussi, il m’a informé qu’il voudrait m’inviter chez lui, m’ouvrir sa porte et m’offrir son hospitalité. L’homme m’a parlé avec tellement de gentillesse que je n’ai pu m’opposer à son invitation. Après tout, j’avais beaucoup de temps et je n’étais pas opposé à l’idée de faire de nouvelles rencontres.


  • Le petit oiseau

L’appartement d’Argam se situait à quelques pas du nôtre. J’y suis allé un jour où toute ma famille était absente, sans les en informer pour éviter que mes parents s’y opposent si jamais ils n’aimaient pas cette personne. Il habitait le troisième étage d’un bâtiment de cinq étages. J’ai sonné à la porte et j’ai attendu quelques instants avant qu’il vienne ouvrir la porte. L’appartement de deux pièces était meublé d’antiquités. Ces meubles ressemblaient étrangement à ceux que ma grand-mère avait dans son appartement de Bakou. Une table au milieu, un canapé et une télévision décoraient la pièce dans laquelle je me suis installé. L’ambiance de la chambre était assez apaisante. Aux murs étaient accrochées deux grandes photos, celles d’une personne qui ressemblait assez à Argam.

Argam avait préparé du poulet et des dolmas de vigne, ce plat étant assez connu dans les deux pays.

Il avait également ouvert une bouteille de cognac. Il a d’abord commencé par me servir du cognac en vantant les mérites du cognac arménien. Selon lui, c’était le meilleur au monde. Après quelques verres de ce breuvage magique, je commençais à me sentir un peu plus à l’aise. Nous discutions et passions un bon moment. Après le dîner, j’ai pris mon courage en main pour lui poser la question qui me brûlait les lèvres.

– Lors de notre première rencontre, vous m’avez dit être un prêtre. Or, je constate que vous vivez comme tout le monde. Je n’ai remarqué aucun habit religieux, aucun livre, et par-dessus le marché, vous n’avez pas de barbe.

– Je me doutais que tu allais poser cette question. Mais je ne savais pas à quel moment cela viendrait. Je t’ai versé plus de cognac que nécessaire pour que tu n’y penses pas, mais je constate que tu es un garçon attentif et observateur. La plupart des gens se moquent de l’absence de tous ces éléments, d’autres n’y prêtent même pas attention, le fait que je leur dise que je suis un prêtre suffit pour qu’ils y croient. Puisque tu y tiens, je vais t’en parler.

Je regardais Argam avec intérêt et me demandais en même temps si je n’avais pas commis une erreur en lui posant cette question. L’avais-je vexé ? Alors que j’étais absorbé dans ces pensées, il reprit :

– En réalité, j’étais un prêtre. J’ai servi dans l’église de notre quartier que tu as certainement dû voir, pendant de longues années, jusqu’à ce que…

Il s’est tu. Il a baissé la tête. Puis il a levé la tête pour regarder les photos accrochées aux murs. J’ai alors compris que l’histoire à venir était liée à la personne que l’on pouvait voir souriant sur ces photographies.

Un jeune homme avec une petite moustache, habillé d’une chemise blanche et d’une cravate noire.

– C’est mon frère, Alexander. Il était de trois ans mon cadet. Nous n’étions que deux garçons dans la famille. J’ai grandi avec mon frère. Nous avions également beaucoup de cousins et amis, mais nos relations avec mon frère étaient spécifiques. Nous étions à la fois amis, frères, compagnons de route… Nous étions tout l’un pour l’autre. Alexander avait une place à part dans mon coeur. Je me souviens de toutes les fois où nous jouions ensemble dans la maison dans laquelle nous vivions avec nos parents. Nous nous amusions avec nos vélos, nos lance-pierres. Nous fabriquions des voitures à partir de fils de métal et roulions avec, les couvercles des pots de conserve nous servant de roues. À notre époque, il n’existait pas cette abondance, nous ne pouvions pas acheter tous les jouets que nous souhaitions comme aujourd’hui.

Alors, nous fabriquions nos propres jouets. Nous creusions chacun un abri sous la terre, nous fabriquions des balles en boue et jouions à nous faire la guerre. À la fin, tous nos chars et avions étant détruits, nous recommencions le lendemain. À force de jouer à la guerre, la guerre s’est incrustée dans notre vie. J’avais, depuis plusieurs années, commencé ma carrière de prêtre. Alexander, lui, venait de terminer ses études de géologue. Il a passé une année à chercher du travail, mais la conjoncture économique et politique étant difficile, engager un géologue était le dernier des soucis de l’État.

– Oui, c’est aussi à cette période que j’ai été séparé de mes parents par ma grand-mère. C’est une période qui a changé la vie de beaucoup de gens, n’ai-je pu m’empêcher d’intervenir.

– La chose que nous redoutions tous est arrivée. Alexander a été appelé à s’engager. La guerre faisait rage et tous les hommes capables de tenir une arme devaient s’engager. Il n’a pas eu d’autre choix que de mettre l’habit militaire et de partir pour le front. Le jour de son départ, nous essayions de faire bonne figure, de ne pas être tristes et surtout, de ne pas l’effrayer plus qu’il ne devait déjà l’être. Le lendemain, Alexander est revenu dans un cercueil. Moins de 24 heures après ! La voiture qui devait le conduire vers l’endroit où il allait être engagé a eu un accident. La route étant en mauvais état, la voiture qui venait en face s’était déplacée vers la voie réservée aux voitures venant dans le sens opposé pour profiter de la meilleure maintenance de cette partie de la route. C’était d’ailleurs l’habitude de beaucoup de conducteurs, et cette pratique a, à l’époque, pris beaucoup de vies. En voyant venir la voiture dans laquelle se trouvait mon frère, la voiture d’en face qui s’était déplacée sur leur voie a essayé de dévier pour revenir sur la voie qui lui était réservée, sauf qu’en même temps, la voiture de mon frère aussi s’est déplacée vers cette voie pour éviter la voiture qui venait en face. La vitesse étant assez élevée, l’inévitable se produisit. La collision avait tué les conducteurs sur le coup, mais lui, à l’arrière, s’en était sorti indemne. Ensuite, une hémorragie interne s’était déclarée, alors qu’il aidait à secourir les autres passagers blessés et évacuer les morts. Son agonie avait été rapide, il était mort presque sur le coup.

– Toutes mes condoléances, ai-je répondu en le fixant.

– Merci. Merci.

Argam a baissé la tête et est resté silencieux quelques instants. Puis il s’est levé pour disparaître

dans la cuisine, et est revenu avec une autre bouteille de cognac à la main et du chocolat. La vue de la bouteille m’a réconforté ; au moins, elle sera là pour nous soutenir pendant le récit de ces tristes événements. Le chocolat et le cognac se mariant à merveille, je prenais un vrai plaisir à cette dégustation. Il remplit les verres, puis a levé le sien avec un air tellement naturel que l’on n’aurait pas pu dire qu’il venait tout juste de me raconter la fin tragique de son propre frère.

Puis il a continué :

– Après sa mort, j’ai été tellement bouleversé que je ne pouvais me consoler. J’ai passé plusieurs jours à l’église, à prier, à implorer Dieu, à demander quelle était la raison d’une mort aussi gratuite. J’ai souvent entendu dire que le temps guérit les blessures en effaçant les souvenirs. Mais dans mon cas, c’était l’inverse, plus les jours passaient, plus je m’insurgeais, j’enrageais, j’étais inconsolable. Puis j’ai commencé à noyer mon chagrin dans l’alcool. Des centaines de litres de ce cognac pour abreuver mon chagrin et le bercer. J’ai alors constaté que l’alcool pouvait m’aider, temporairement, mais c’était toujours ça de gagné, il m’aidait à mieux supporter. Je buvais alors jusqu’à ce que mon cerveau se noie dans cette brume alcoolisée, et que je puisse, l’espace de quelques heures bénies, sombrer dans l’inconscience, seul le cerveau primaire en émergeant.

– Le cerveau primaire ?

– Oui, tu sais, avant que l’homme devienne tel que nous le connaissons, il était doté d’un cerveau primaire. Ce cerveau lui permettait de s’orienter dans la nature et de chasser pour se nourrir. Puis, l’évolution de l’homme a nécessité le développement de son cerveau, ce qui fait que la partie du cerveau qui nous permet de nous orienter aujourd’hui s’est développée par la suite. Elle couvre ce qui existait avant. Lorsque nous abusons de l’alcool ce nouveau cerveau est neutralisé et c’est le cerveau primitif qui prend le relais. Une personne complètement soûle sera alors obligée de fonctionner avec un cerveau qui lui servait pour s’orienter dans la nature sauvage, il y a des millions d’années. C’est pour cela qu’elle est incapable de s’orienter dans le réseau urbain routier.

Voilà pourquoi c’est criminel qu’un homme en état d’ébriété prenne le volant d’une voiture. J’étais à la fois fasciné et jaloux. Argam me volait mon rôle. C’était toujours moi qui avais expliqué aux autres le sens de la vie et les avais aidés à voir clair concernant les mystères de la vie. Maintenant, je me sentais tel un roi détrôné.

– C’est très intéressant ce que vous dites. Je n’ai jamais entendu parler de tout cela.

– Je te remercie. Oui, disais-je, l’alcool m’aidant à supporter mon chagrin, c’est aussi lui qui m’a aidé à voir autrement.

– Comment ?

– À force de boire tous les jours, j’étais constamment ivre. Les personnes qui me respectaient autrefois, surtout pour mon statut de religieux, changeaient désormais de trottoir lorsqu’elles me croisaient, mes relations avec mes collègues étant tendues ; j’ai décidé alors de quitter l’église et de ne plus y mettre les pieds. J’occupais désormais mes journées à boire et à regarder la télévision. J’ai ensuite commencé à lire des livres pour m’occuper et varier mes occupations.

J’ai alors découvert une chose…

Il a déposé son verre vide qu’il tenait à la main depuis longtemps. Je me suis rendu compte que, moi aussi, je tenais un verre vide. Je l’ai imité en déposant le mien. Argam a alors rempli nos verres et nous avons coupé une tranche de chocolat pour chacun et avons continué nos dégustations.

– Oui, je disais que le fait de me saouler constamment m’a permis de découvrir une chose qui a changé ma vie et ma vision du monde.

– Qu’est-ce que c’était ? ai-je demandé avec impatience.

– J’ai découvert que l’alcool agissait positivement sur mon cerveau, il m’aidait à m’oublier aussi lorsque je me saoulais à mort. Des idées que je n’avais jamais soupçonné avoir jaillissaient dans mon cerveau.

Ces découvertes ont bouleversé ma vision des choses.

– Quelles étaient ces découvertes ?

– J’avais toujours appris que notre monde était organisé dans un ordre précis. Il y avait un dieu qui gérait tout, et tous les événements qui remplissent notre vie ont un sens. Par exemple, le fait qu’un lion chasse une gazelle et qu’il la dévore toute crue peut paraître cruel, mais cela nous a toujours été expliqué que s’il en était autrement, alors le lion mourrait de faim, et que le nombre de ces animaux qu’il chasse augmenterait tellement que la nature ne pourrait plus fournir de nourriture et qu’ils mourraient de toute façon de faim. D’un autre côté, le fait que les jours succèdent aux nuits, les saisons, les naissances, tout, tout dans la nature avait un sens et une logique.

Mais en y réfléchissant, et en m’intéressant au sujet, j’ai découvert qu’il n’en était rien. Nous vivons dans un monde en chaos, tout est gouverné par le chaos. Cette découverte a alors tellement bouleversé ma vision des choses que j’ai perdu ma foi. Tout ce en quoi je croyais jusque-là, j’ai commencé à le mettre en doute.

– Pour quelle raison ?

– Pour quelle raison ? Pour la simple raison qu’en réalité, tout cela est faux. Si nous sommes programmés pour accepter l’idée de l’existence de cet ordre, c’est parce que nous sommes tellement petits que nous ne pouvons pas voir plus loin que l’environnement dans lequel nous évoluons. Tout ce qui est invisible pour nous et qui est hors de notre compréhension nous semble être gouverné par une loi divine. Nous croyons que notre vie est régie par un ordre, car c’est à notre échelle que nous avons imposé cet ordre. Par exemple, nous nous réveillons le matin, nous prenons notre petit déjeuner, nous allons au travail, nous revenons le soir, nous dînons, nous nous occupons de notre famille, nous dormons pour nous réveiller le lendemain et recommencer. Mais si nous examinons cela plus globalement, nous verrons qu’à l’échelle mondiale, il y a des endroits où les choses ne se passent pas dans cet ordre. Il y a des enfants qui meurent, il y a des hommes qui font la guerre, il y en a d’autres qui vivent dans les forêts, d’autres assassinent leurs prochains, dans un désordre absolu. Nos journées sont de 24 heures parce que nous avons décidé qu’il en serait ainsi.

– L’homme n’a pas décidé de l’organisation des journées.

– Ce que je veux dire, c’est que si l’homme avait décidé que nos journées seraient de 25 heures et que chaque heure soit composée non pas de 60, mais de 55 minutes, cela serait tout aussi acceptable.

– Oui, vous avez raison.

– Nos années sont composées de 12 mois parce que nous avons décidé qu’il en serait ainsi. Aucun de ces éléments n’est naturel. Ils sont tout simplement décidés et voulus par nous. S’il existait un ordre, pourquoi dans certaines parties du monde les hommes, les femmes et les enfants meurent-ils de faim alors que dans l’autre, chaque individu gaspille chaque jour l’équivalent de nourriture qui pourrait alimenter une famille ? S’il existait un ordre, pourquoi alors tous les individus qui peuplent notre monde ne croient-ils pas à la même religion, ne parlent-ils pas la même langue, n’ont-ils pas la même culture ? Si la religion était divine, pourquoi toutes les religions sont-elles apparues il y a seulement quelques milliers d’années alors que l’homme existe depuis des lustres ? Alors, tous ces hommes qui sont nés et morts avant qu’interviennent toutes ces religions n’ont pas pu croire ni prier ! S’il existait un ordre, pourquoi des milliards et des milliards d’étoiles et de galaxies tournent-elles dans le cosmos dans un chaos absolu, en se percutant, en s’entrechoquant, en filant dans tous les sens ?

– Alors, pourquoi l’homme voit-il cet ordre partout ?

– L’homme voit de l’ordre partout parce qu’il est ainsi programmé. Nous avons besoin d’attribuer des numéros, des valeurs, des noms à chaque objet qui nous entoure. C’est ainsi que l’homme gère et organise son environnement. Dans notre tête, tout va du désordre vers l’ordre, alors qu’en réalité, dans la nature, tout va de l’ordre vers le désordre. Alors, quand un événement se produit de manière contraire à nos convictions, nous l’appelons le hasard ou la volonté divine, selon les cas. Nous sommes tellement habitués à cette formule que les événements contraires à nos convictions nous paraissent comme étranges.

– Comment ça ?

– Très simplement. Prends par exemple cent feuilles numérotées de 1 à 100. Jette-les en l’air. Si tu imites ce geste des millions, voire des milliards de fois, il y a une très forte probabilité qu’à chaque fois, les pages tombent dans le désordre. Mais il est tout aussi possible que toutes ces pages tombent dans l’ordre, en suivant un ordre de un jusque cent. Mais cette probabilité étant moindre, si une telle chose se produisait, nous l’appellerions… ?

– Le hasard !

– Oui, le hasard.

– Oui, vous avez raison.

– Tu vois maintenant, Arthur, c’est toutes ces découvertes que j’ai faites qui ont changé ma vie, et j’ai compris que nous sommes tout seuls sur cette planète perdue dans l’immensité du cosmos qui s’apparente à un grain de sable dans un désert, autant dire rien du tout. Je me suis demandé, longtemps et longtemps, si notre vie avait un sens, pourquoi Alexander est-il mort si jeune ? S’il devait de toute façon mourir, pourquoi était-il né, dans quel but ? Mais en réalité, il n’y a jamais eu de but. J’ai essayé de parler de mes idées à quelques personnes, mais les gens ont commencé à me traiter de fou, puis j’ai arrêté d’en parler à quiconque. Le jour de ton arrivée, j’étais chez vous.

– Je ne me souviens pas vous avoir vu chez moi.

– Si, j’y étais, mais il y avait tellement de monde que tu ne peux te souvenir de chacun. En te voyant discuter, j’ai deviné en toi un jeune homme intelligent, dont j’ai voulu faire la connaissance.

La discussion avec Argam m’a permis de comprendre que, malgré mes connaissances, j’ignore beaucoup de choses et qu’il me reste beaucoup à apprendre. Je n’ai pas pu m’empêcher de me rappeler la phrase prononcée par un célèbre philosophe grec dont j’ai oublié le nom « Mes ignorances sont telles que si je les empilais sous mes pieds, mes mains toucheraient le ciel ». Je me sentais réconforté à l’idée que le colonel n’était pas là pour me voir écouter Argam au lieu de parler et philosopher moi-même. J’ai quitté le domicile d’Argam tard dans la nuit, bouleversé, ivre mort et étrangement satisfait, surtout à l’idée de rencontrer une personne de son intelligence.

Un extrait du premier roman de l'auteur intitulé "Le petit oiseau".

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Sujet: Les horizons lointains


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